REVUE DE PRESSE
Jizo, une petite divinité qui aide les Japonais à ne pas
salir le bord des routes.
Le Japon a la réputation d'être un pays propre. A juste titre. Mais ses habitants n'en sont pas moins
désormais quelque peu sans gêne, notamment avec la nature : le mont Fuji, montagne vénérée s'il en
fût, est parsemé de canettes, de bouteilles en plastique et de détritus divers laissés par les alpinistes
amateurs qui en font l'ascension. C'est également le cas du bord des routes, souvent jonché d'ordures
jetées par les automobilistes.
Pour enrayer ces pratiques, une petite commune de 5 000 âmes, Nagato, dans le département de
Nagano, au centre du Honshu, a trouvé une solution « miraculeuse » : elle a installé aux abords de ses
parcs de stationnement et le long de la route menant aux stations de ski dont cette région est riche trois
statuettes de Jizo, un petit bodhisattva aimé de tous. Attachant et familier, Jizo est la figure du panthéon
bouddhique la plus chère aux Japonais. Son image la plus répandue est celle d'un moine au visage
doux et au crâne rasé, vêtu d'une longue robe et tenant à la main une canne. Souvent coiffée d'un petit
bonnet rouge tricoté et portant un bavoir autour du cou, cette divinité des croisements, honorée aux
bornes des villages, est devenue le patron de l'enfance et elle a pris dans le sentiment religieux
japonais une place primordiale. Inopinément, au détour d'un chemin de montagne, on tombe sur un
petit autel qui lui est dédié, au pied duquel sont parfois déposées des offrandes.
Croyants ou non, les Japonais partagent un sentiment de religiosité flottante, mais néanmoins bien
ancré dans les mentalités. Personne ne se moque de ce fond de croyances ancestrales, et beaucoup y
cherchent un apaisement aux inquiétudes de la vie.
Apparemment, à Nagato, la présence des Jizo est plus efficace que les panneaux d'interdiction et
dissuade les touristes de laisser les restes de leurs pique-niques sur le bord de la route.
« Je ne peux pas jeter mes déchets avec un Jizo qui me regarde », dit un automobiliste interrogé par la
chaîne NHK, qui a présenté l'initiative de la petite commune. Selon le commentaire, en quatre mois les
déchets ont presque totalement disparu. A la mairie, on est plus prudent : les premiers résultats sont
encourageants, mais la saison de ski ne fait que commencer. Alors, on « croise les doigts » et l'on s'en
remet aux bons offices des Jizo...
Cet article est paru dans "Voiles et Voiliers" du mois d'août. Nous en mettons un extrait en ligne et nous vous invitons à vous le procurer : www.voilesetvoiliers.com
|